Accompagner le changement des PME
Jean-Louis Sentin
Novembre 2003
Le conseil en management s’est développé essentiellement pour et autour
des grandes firmes . Le recours des PME aux consultants est plus récent,
beaucoup moins systématique, mais il est croissant. (1)
Face à la globalisation des échanges, les petites entreprises doivent en
effet réinventer leur manière de faire et professionnaliser leur
gestion. Leur centre de gravité se déplace de la production vers les
fonctions managériales et le marketing. Mais elles ont moins de
personnel à disposition, moins d’argent, moins de temps que les grandes
sociétés pour opérer ces mutations. Lorsqu’elles s’appuient sur des
consultants, elles ne savent pas toujours gérer la relation avec eux.
Les dirigeants sont souvent des propriétaires qui risquent de manquer de
recul et de persévérance pour utiliser les recommandations qui leurs
sont faites.
Les consultants doivent donc développer une approche spécifique des PME,
inspirée de trois principes :
1-Comprendre le dirigeant propriétaire
Comprendre une petite entreprise, c’est tout d’abord comprendre son
dirigeant propriétaire (et éventuellement les quelques hommes-clés qui
gravitent autour de lui). C’est connaître les motivations qui l’animent,
décrypter sa « carte du monde ». Cette découverte exige un regard
sincèrement empathique, bienveillant, solidaire.
C’est admettre que les qualités et les limites personnelles de ce
dirigeant, quelles soient psychologiques, techniques ou stratégiques,
déterminent bien plus que dans une grande organisation l’objectif
atteignable.
C’est savoir que son emprise sur son entourage est forte : la capacité
d’initiative et d’autonomie des collaborateurs est parfois en deçà de ce
qu’espère le consultant habitué à intervenir dans des entreprises plus
importantes. En revanche, il y a peu de personnes à associer au
processus et les changements peuvent théoriquement se faire vite.
2-Renoncer à projeter les problèmes des grandes
organisations
Comprendre une petite entreprise, c’est également renoncer à projeter
sur elle les problèmes des grandes organisations, à prétendre la décoder
avec des grilles et des modèles trop théoriques. Le contexte se
caractérise souvent par une forte centralisation de la gestion et plus
encore de la décision, une stratégie intuitive et peu formulée, un
faible degré de spécialisation des interlocuteurs, la quasi-absence de
systèmes et d’outils permettant d’aborder des problèmes complexes.
Il faut admettre comme des données incontournables certains faits tels
qu’une capacité financière limitée, la dépendance à un fournisseur ou à
un client.
3-S’impliquer personnellement dans la
mission
En un mot, le consultant doit avoir une conception plus personnalisée de
son rôle que dans une grande organisation, renoncer aux solutions "clé
en main" qui s’avèrent inopérantes, s’impliquer fortement dans la mise
en œuvre de ses recommandations.
(1) Lire notamment: L’écart entre le consultant et la PME : analyse et
perspectives, Louis Raymond et Sam Blili, Cahiers de Recherche en
Marketing et Management (CR-MM-2003-04), sept 2003. Sam Blili est
directeur de l’Institut de l’Entreprise et professeur à l’Université de
Neuchâtel. Louis Raymond est titulaire de la Chaire de recherche du
Canada sur la Performance et professeur à l’Université de Québec.